Test de Disco Elysium: The Final Cut
Jeu multi-primé et grandiose, Disco Elysium revient dans sa version Final Cut sur Switch !
TestDisco Elysium : au Panthéon des meilleurs jeux
Avant de nous pencher sur l’intrigue et la narration de Disco Elysium, arrêtons-nous quelques instants sur le parcours du jeu. Encensé par la critique, le jeu de ZA/UM a reçu de très nombreux prix : quatre Game Awards en 2019, trois BAFTA Game Awards en 2020, un DICE Award, sans oublier qu’il a été finaliste aux Nebula Award, vainqueur d’un The Dreamies, et d’autres prix encore, entre 2019 et 2021. Le tout, toujours au moins une fois dans les catégories suivantes : Meilleure narration, meilleur jeu de rôle, meilleur jeu indé, meilleure musique. Entre autres. Notons aussi que Metacritic lui donne la note de 91/100, de nombreux sites et magazines s’accordent à dire qu’il s’agit d’un des meilleurs titres de ces dernières années (10/10 sur Gamespot, 100/100 sur IGN, 92/100 chez PC Gamer, 90/100 sur jeuxvideo.com, 100/100 sur Gameblog, etc.). Et les joueurs s’accordent avec la presse, pour preuve les très nombreuses évaluations positives sur Steam depuis la sortie PC en 2019.Tout ça, c’est bien beau, mais qu’en est-il vraiment ?
Vous savez que vous ne savez rien
Évoquons l’histoire maintenant. La plongée dans l’univers de Disco Elysium est brutale. Comme un lendemain de cuite. Et ça tombe plutôt bien, car vous vous réveillez avec une magnifique gueule de bois, dans une chambre d’hôtel ravagée. Vos vêtements gisent un peu partout dans la pièce, et surtout, vous ne vous souvenez de rien. Mais vraiment de rien : ni de qui vous êtes, ni de ce que vous faites là, encore moins de l’année dans laquelle nous sommes ou même de la ville, du pays ou de la société qui vous entoure. Votre personnage, comme vous, derrière votre écran, allez découvrir les tenants et les aboutissants de ce monde ensemble.On peut dire que rien que de ce point de vue-là, l’immersion est particulièrement saisissante. En plongeant le personnage dans un état d’amnésie profond, le jeu vous propose de découvrir ensemble, de faire des bourdes ensemble et d’interagir soit en affichant votre ignorance, soit en tentant de la cacher à vos interlocuteurs.
Certaines missions vous demandent d’en apprendre plus sur la politique locale, ou sur la géographie. Vous voici donc en quête de votre mémoire… mais ce n’est vraiment pas le cœur de l’histoire ! Car vous n’êtes pas dans cette chambre d’hôtel pour rien. Vous apprenez rapidement que vous êtes agent de police venu enquêter sur un cadavre pendu dans l’arrière-cour de l’hôtel. Au matin de votre réveil (et au début du jeu), votre nouveau coéquipier vous attend dans le hall, prêt à vous seconder dans cette enquête. Et peut-être à vous aider à retrouver votre mémoire. Tout dépendra de vous.
Le reste de l’intrigue dépend entièrement de vos choix. Les dialogues s’étalent dans un cartouche à la droite de votre écran et vous proposent toute une liste de choix en fonction des situations. Nous reviendrons sur la narration toute particulière de Disco Elysium. Dans un premier temps, sachez juste qu’en fonction de ces choix découlent des missions, des réactions des personnages, des indices sur votre enquête qui vous mèneront à d’autres et ainsi de suite. Il est possible d’échouer à résoudre l’affaire. Tout comme vous pouvez y arriver. C’est à vous de voir et de déduire, malgré les capacités plus ou moins efficaces de votre personnage.
Du jeu de rôle en jeu vidéo
Souvenez-vous : parmi les distinctions de Disco Elysium figure le Game Award du meilleur jeu de rôle. Pourquoi ? Et bien pour une raison simple : Disco Elysium est la version la plus aboutie de ce que pourrait être le jeu de rôle traditionnel porté à l’écran, le tout dans un monde post-apocalyptique, une dystopie qui se révèle de plus en plus sombre à mesure de votre progression. Tout commence avec la création de personnages.Au début donc, vous avez le choix : un personnage « pré-tiré » répondant à un archétype (érudit ou gros bras), ou bien répartir vous-même vos points de caractéristiques. Ce qui nous amène à l’écran ci-dessus. Celui-ci vous donne un début d’idée de ce que sera le jeu et sa narration. Car vous allez choisir entre mettre des points dans votre mental, votre érudition, ou encore dans votre constitution. Les rôlistes ne seront pas perdus, les amateurs de RPG trouveront l’interface poussée à l’extrême. Pour les autres, nous recommandons dans un premier temps de choisir un archétype, histoire de se familiariser avec le jeu. Ceux-ci orientent votre façon de jouer, mais sont évolutifs (comme tous les autres) puisque vous serez amené à gagner des points de caractéristique à dépenser pendant votre aventure.
Ces caractéristiques sont essentielles pour la suite du jeu. Car ce sont elles qui vont vous « parler » pendant votre aventure, qui vont se faire le narrateur de votre parcours et vous dispensez, parfois, des informations capitales. Ainsi, si vous avez mis beaucoup de points en « Encyclopédie », elle pourra venir vous éclairer sur certains éléments qui vous entourent. La coordination Yeux/Mains vous aide (ou non) lorsqu’il s’agit d’effectuer certaines actions. Le Drama vous poussera à certaines extrémités mélo-dramatiques. L’esprit de corps vous permet de comprendre certains us et coutumes des policiers, tandis que la logique vous aidera à déduire certaines choses. Et ce sont ces caractéristiques qui vous parlent : Perception vous indique que vous avez décidément sale gueule ce matin, tandis que Suggestion vous invite à ne surtout pas vous regarder dans la glace. Et ainsi de suite. Par moment, réaliser une action demande de lancer des dés, le succès étant calculé en fonction de vos caractéristiques.
Comme vous pouvez le voir, les petites voix internes sont celles qui vous accompagneront le plus. Elles sont votre filtre entre le monde et vous, le prisme de compréhension et d’appréhension qui détermine si oui ou non vous saisissez les enjeux, les indices, les intentions de vos interlocuteurs. Le jeu est calibré pour vous laisser une grande liberté : oubliez d’aller chercher votre deuxième chaussure et vous ferez toute l’aventure avec un pied déchaussé, ou torse-nu si vous avez oublié la chemise abandonnée sur le lit de l’hôtel. Disco Elysium regorge de petits détails, poussant le jeu dans ses retranchements. Vous vous demandez si les développeurs ont pensé à cette action un peu absurde que vous voulez faire ? Partez du principe que oui.
Un monde sombre, ténébreux, sans lumière
L’univers de Disco Elysium est un monde sombre, glauque, une dystopie suintante du malaise et du mal-être d’une population qui a perdu tout espoir. Ou qui possède encore quelques îlots de clarté, rares, incarnés dans des individus qui préfèrent vivre reclus. Jeu d’enquête à la narration impeccable, Disco Elysium se démarque par son absence relative de combat. Le principal de l’action est ailleurs et les batailles ne se gagnent pas ici à la force de ses points. Car c’est contre soi-même et les multiples voix dans notre tête que nous aurons mailles à partir. Vous ne souhaitez pas aller contre vos instincts primaires ? Soit. C’est une possibilité. Mais sachez que le jeu vous pousse toujours plus loin dans vos retranchements. Dès le premier dialogue, l’une de vos caractéristiques vous propose de faire des avances graveleuses à une pauvre femme qui n’a rien demandé. Sexiste ? Oui, mais pas que. Car envers les hommes aussi, vous pourrez vous montrer grossier ou charmeur. Vous pourrez virer complètement paranoïaque à mesure que l’on vous explique le monde qui vous entoure. Ou alors autoritaire à outrance lorsque vous rappellerez que « la Justice, c’est moi ! », vous êtes flic, après tout.Disco Elysium joue sur les codes de la dystopie, du cyberpunk, du jeu de rôle, du désespoir ambiant et d’une société où tous les extrêmes dans tous les domaines sont largement représentés. Le tout avec une narration, nous l’avons déjà dit, qui excelle pour l’immersion. Nous pourrions donner ici le fameux chiffre, celui du nombre de mots contenus dans Disco Elysium, mais de prime abord, il fait peur. C’est pour cela que nous vous en parlons qu’en toute fin de test. Car en effet : 1 million de mots contenu dans le jeu, c’est un chiffre carrément astronomique (cela correspond, grosso modo, au roman Les Mohicans de Paris, d’Alexandre Dumas père ; ou à deux fois Les Misérables de Victor Hugo qui compte 513 000 mots). Cependant, nous nous devons d’évoquer deux éléments essentiels. Le premier : Selon vos choix et les endroits que vous ne visiterez peut-être pas, vous ne les lirez de toute façon pas tous. Le second : le jeu est intégralement doublé et vous laisse le choix de ces doublages (uniquement les voix des personnages, uniquement les vôtres, tout), vous permettant d’écouter plus que de lire les nombreux textes. Cependant, nous devons souligner que le jeu est véritablement axé sur sa narration, l’ambiance distillée par les textes et le malaise qui s’exprime par les bouches de ces multiples voix qui peuplent l’esprit de votre personnage.
Tout ça, c’est bien beau, mais… sur Switch ?
Hé oui ! De prime abord, vu la quantité de textes, la façon d’interagir et le reste, on pourrait penser que la Switch, comme les autres consoles de salons, sont peu propices à l’expérience. En effet, le jeu a d’abord été conçu pour être joué sur PC, avec l’aide de la souris. Alors sur Switch, que vaut le jeu ?Aucune déception de ce côté-là. Le cartouche de texte est plus grand que sur les autres versions, la taille de la typographie plus grande aussi. Le confort de lecture est présent et c’est tant mieux. Disco Elysium possède des contrôles simples : on se déplace avec le joystick, un bouton pour aller dans le menu, un autre pour sélectionner l’environnement. Globalement, toutes les touches utiles sont affichées à l’écran, vous permettant de ne pas vous perdre.
Là où le jeu n’a jamais été vraiment fluide (sur aucune console), c’est dans la sélection de ce qui vous entoure. Il faudra bouger le joystick en direction du point d’intérêt puis appuyer sur A lorsque la touche apparaît. Pareil pour les pensées flottant au-dessus de votre tête. Cette combinaison a toujours manquée de précision et la version Switch ne fait pas exception… à moins que nous puissions utiliser le tactile pour affiner la sélection ? Et bien oui ! Bon, malheureusement, cela signifie jouer en portable et ne pas profiter des magnifiques graphismes sur grand écran. Mais dans les deux cas, le jeu est magnifique. A vous d’essayer de trouver votre chemin et vos préférences !
Même les temps de chargement ont été corrigés, du moins légèrement. Ceux-ci sont toujours un poil long entre deux écrans, mais si l’on compare à d’autres versions non « Final Cut », l’amélioration est vraiment nette. D’une certaine façon, ces temps de chargement s’avèrent par moment bienvenus. Simplement parce qu’ils vous laissent le temps d’assimiler certains événements ou de vous préparer à des phases de jeux plus délicates.
Car si Disco Elysium est un jeu narratif, il nécessite aussi une part de prise de risques et de choix. Par exemple, résoudre (ou non) l’enquête peut vous prendre entre six et dix jours, in game. Mais les phases de jour et de nuit ne sont pas vraiment timée de la même façon. Le côté arythmique des phases de jeu induit une urgence presque constante, un suspense permanent. Il est parfois bon de souffler, de ne pas se laisser surprendre par des moments où votre coéquipier dort et donc où vous avez le champ libre pour vaquer à vos petites affaires, par exemple. Notons aussi que cette version Final Cut comprend quatre nouvelles quêtes politiques et géographiques pour en apprendre plus sur le monde, ainsi que quelques nouvelles interactions avec l’univers. Il s’agit vraiment de la version la plus complète du jeu.
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Merci pour les infos pratiques, notamment sur:
- la taille des encarts de texte (d'ailleurs dommage que vos screenshots ne soit pas a l'echelle de la taille de l'ecran de switch pour se faire une idee en tant que "vieux" a la vue deficiente...)
- concernant les temps de chargement, vous auriez des chiffres, meme a la louche, sur leur duree et leur frequence ? pour se faire une idee?
Par contre le jeu me donne l'impression de ne pas etre trop adapte au format switch, au moins en mode portable: trop verbeux, seleciton sur l'ecran, etc..; cela me rappelle un peu le cas de civ VI ou la switch n'etait pas un support pertinent pour moi...
Pour @Raoul : il s'agit de screenshot directement de la switch, pris lors du jeu (j'ai d'ailleurs joué 80% du temps en mode portable). Donc c'est à l'échelle. Concernant les temps de chargement, ils dépassent rarement les 10/15 secondes, à l'exception du tout premier une fois votre personnage choisi qui là est un poil plus long (plutôt 20/25 secondes). Grosso modo. Je ne les ai pas tous chronométrés.
Pour le coup, le format Switch me parait plus adapté, notamment pour son côté portable et la possibilité de profiter de l'intrigue bien calée dans le canap. Mais là, je pense que ça va dépendre des joueurs et de leurs habitudes.